cette34

|
Le 2005-08-12 01:05:12
|
A Lille, Claude Puel veut construire un "grand club"
LE MONDE
llure élancée, regard noir : à 44 ans, Claude Puel a conservé le physique et l'âme de l'infatigable milieu de terrain qu'il fut, de 1979 à 1996, à l'AS Monaco. Double champion de France (1982, 1988), vainqueur de la Coupe de France (1991), il est devenu l'entraîneur du club princier en 1999, décrochant le titre national en 2000. Remercié la saison suivante, Claude Puel a pris les rênes du Lille Olympique Sporting Club (LOSC) en 2002, devenant vice-champion de France en 2005. Lors de la première journée du championnat de France de Ligue 1 (L1), samedi 30 juillet, Lille s'est imposé (1-0) face à Rennes.
Votre équipe a-t-elle les moyens de jouer cette saison sur deux tableaux, le championnat de L1 et la Ligue des champions ?
Je suis au courant du budget prévisionnel -près de 30 millions d'euros- , je participe au conseil d'administration du club et je définis avec le président -Michel- Seydoux la politique sportive : connaissant notre situation, je ne peux pas avoir de demandes extraordinaires concernant les recrues, je ne peux pas donner d'objectifs hors normes à l'équipe, qui reste très jeune.
Lors de la saison 2004-2005, tout le monde nous voyait lutter pour le maintien. La plupart des joueurs découvraient la L1, la Coupe Intertoto et la Coupe de l'UEFA. On a disputé plus de 60 matches, c'est énorme, et on a pourtant réussi à tenir la distance. Cette année, je veux continuer à faire grandir cette équipe et profiter de la Ligue des champions pour franchir un nouveau palier.
Cette épreuve peut-elle permettre à Lille de devenir un grand club français ?
Pour faire grandir un club, il faut d'abord établir les structures : développer un centre de formation, posséder un stade important pour augmenter les rentrées financières et mieux accueillir les supporteurs. On accroît ainsi le budget, ce qui nous permet de recruter des joueurs performants qui améliorent la qualité de l'équipe, capable alors de jouer les premiers rôles. Quand je suis arrivé, je devais monter une équipe compétitive pour évoluer dans un nouveau stade, en janvier 2005. Sur le plan sportif, on est dans les temps, mais sur le plan des structures, cela n'a pas suivi. On se trouve pénalisé dans notre progression.
Le projet de rénovation du stade Grimonprez-Joris ayant été annulé, début juillet, par la Cour d'appel de Douai, nous jouons le championnat au Stadium Nord de Villeneuve-d'Ascq, et nous allons disputer la Ligue des champions au stade Bollaert, à Lens, ou au Stade de France. C'est une situation plutôt incongrue...
Rien n'a changé depuis 2001 -qualifié en Ligue des champions, le LOSC avait dû disputer ses rencontres à Lens- . On nous a menés en bateau sur la question du nouveau stade. Visiblement, le football n'est pas assez important à Lille pour que l'on ait envie de le développer, mais il semble toutefois intéressant pour faire l'objet de querelles politiques au sein des collectivités.
La situation concernant le nouveau stade est-elle bloquée ?
Il faut d'urgence un consensus fort autour du club, et mener une réflexion de fond sur ce que pourrait apporter un grand club de football à la troisième métropole de France, en termes de notoriété, de retombées économiques. La Ligue des champions, c'est un événement dont on parle toute l'année et qui profite à la ville. J'ai passé 25 ans à Monaco, qui vit sur l'image qu'elle donne, notamment au travers d'événements sportifs majeurs. Le foot, là-bas, est le fil conducteur.
Un grand club de football est indispensable à Lille. Nous sommes à un carrefour européen, il y a des facilités extraordinaires, et un bassin de 1,2 million de personnes qui aiment le foot. Un sondage, effectué en 2004, établissait à 250 000 le nombre de personnes qui suivaient le LOSC. Un club, s'il est bien géré, peut créer du profit. Je n'arrive pas à comprendre pourquoi on n'a pas cette ouverture d'esprit ici. Pour l'instant, on rapporte beaucoup plus d'argent aux collectivités que ce qu'elles nous donnent -l'unique subvention est fournie par la Communauté urbaine de Lille, à hauteur de 350 000 euros par an- . On doit pratiquement tout payer par nous-mêmes. A Lille, concernant le football, il n'y a pas de projection vers le long terme.
Que préconisez-vous ?
Pour ne pas casser la dynamique sportive enclenchée, il faut se positionner très vite sur la construction ferme et définitive d'un nouveau stade. L'idéal serait peut-être à Villeneuve-d'Ascq, juste à côté du Stadium Nord, puisque le terrain appartient à la communauté urbaine et que les autorisations seraient plus rapides à obtenir. Il y a d'autres projets, mais il faut des actes. On sera vigilants pour que l'on ne tape pas en touche. On fera le point à la fin de la saison. Il faudra qu'à ce moment-là le permis de construire soit obtenu pour que l'on puisse débuter les travaux dans la foulée. Dans trois ans, il nous faut un stade.
Préférez-vous jouer la Ligue des champions au stade Bollaert ou au Stade de France ?
Lens a des perspectives en Coupe de l'UEFA, et on ne veut pas les gêner. On verra en fonction des calendriers. Le Stade de France, ce serait plus prestigieux et cela nous offrirait une meilleure visibilité pour faire connaître le club, mais aussi pour que tout le monde prenne conscience de nos problèmes.
Depuis trois ans, vous semblez parfois lutter contre des moulins à vent. Pourtant, vous avez refusé les offres du FC Porto, alors champion d'Europe, en 2004, puis de Lyon cette saison. Pourquoi ?
Je ne suis pas resté indifférent à ces propositions, et j'ai bien conscience que ces opportunités ne se représenteront peut-être jamais plus. Mais, à Lille, je suis porteur d'un projet qui vise à créer un grand club européen dans quatre ou cinq ans. Mon action ne peut s'inscrire que dans la durée, et j'irai au bout de ma logique. Je n'ai pas d'état d'âme, et tant pis si, à un moment ou à un autre, cela tourne mal.
Dans un milieu où l'on ne prête guère de valeur aux contrats, vous faites presque figure d'exception...
Je n'ai pas à commenter si, oui ou non, je suis une exception. Ce qui est certain, c'est qu'il n'est pas toujours évident de garder une ligne de conduite dans le quotidien du foot moderne. J'essaye de fédérer les individualités, voire les individualismes, pour créer un groupe. Face aux sollicitations de plus en plus nombreuses, c'est devenu difficile. On vire les entraîneurs à la pelle, il n'y a pas vraiment de considération pour notre métier. Je le déplore. Mais plus c'est difficile, plus je m'accroche. Joueur ou entraîneur, j'ai toujours été comme ça. Je cherche continuellement à repousser mes limites. La facilité ne m'intéresse pas. Ici, je suis servi !
Votre refus d'entraîner Lyon pourrait être interprété comme une certaine peur de l'inconnu, ou un manque d'ambition...
Mon ambition est d'entraîner un grand club capable d'être champion de France et de jouer tous les ans la Ligue des champions. Construire un club qui vivote au milieu de tableau ne m'intéresse pas. J'ai envie de gagner des titres avec Lille, et, si c'est impossible, j'irai voir ailleurs. Je suis un bâtisseur, et ici, il y a de grandes choses à faire. A Lille, je remplis bien plus que les fonctions d'un simple entraîneur. Avec le président Seydoux, je suis impliqué dans le fonctionnement même du club, et, pour moi, cela n'a pas de prix. J'aime les responsabilités, j'aime proposer, et j'ai besoin d'être en première ligne, sous le feu, pour avancer.
Que peut espérer le LOSC cette saison ?
Décrocher un titre dans une des deux coupes nationales, cela me paraît être un objectif concevable. Mais ma mission prioritaire est de pérenniser ce club. Ce qui m'intéresse, c'est que, le jour où je pars, il y ait une continuité, que mon successeur ne se trouve pas pris au dépourvu, qu'il puisse continuer l'oeuvre entreprise. C'est tout ce qui compte.
Propos recueillis par Guillaume Lainé
Article paru dans l'édition du 02.08.05
---------------------- fier d'etre lillois |
|