capacite
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Le 2006-04-07 00:25:55
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Driss BASRI
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Extrait 1 :
Basri est un homme du passé. Certains de ses obligés sont aujourd’hui appelés à la barre. La justice ne suivant pas forcément son cours au Maroc, il n’est pas dit que Basri, lui-même, aille à la cour également. Pourquoi ? Parce que même si le système dont il a été le manœuvrier a vécu, celui qui lui a succédé n’est pas plus rationnel. Ce n’est pas encore la bureaucratie impersonnelle de l’État qui sévit, mais les relations clientélistes du pouvoir qui priment. En attendant que Basri parle de ce Maroc corrompu qu’il a cultivé et couvé (s'il en parle un jour), nous avons pris les devants, et enquêté. Actualité oblige, nous sommes allés sonder les questions obsessionnelles suscitées par le procès de ses ex-protégés et ses mémoires toujours en suspens. Pour mieux comprendre, nous avons redécouvert, faits à l’appui, la méthode et les réseaux qui ont permis à cet homme de devenir omnipotent. Et puis, la biographie étant toujours la clé de tous les desseins, nous avons reconstitué les phases d’ascension de cet homme épris de pouvoir, qui s’accommode mal de sa mort politique et négocie, tant bien que mal, le maintien de son impunité. [...]
De l'écolier pauvre de Settat au tout puissant ministre de l'Intérieur et bras droit de Hassan II, l'ascension en flèche de Basri ne doit rien au hasard. Karim Boukhari restitue les clés d'un long "règne".
Rassurez-vous, Driss Basri n’a pas toujours été flic. Dans le Maroc trouble des années 50, il est un jeune écolier comme les autres, qui fréquente assidûment les bancs du collège musulman de Settat, alias "Zettat" pour les autochtones. L’un de ses enseignants raconte : "Le petit Driss était un élève calme, studieux, et même doux. Bon partout, surtout à l’écrit, sauf en arabe". Enfant pauvre (son père est gardien de prison), moyennement doué, Basri, né en 1938, est du genre à passer inaperçu. Jusqu’à ce jour de juin 1957, où il impressionne tout le monde, à commencer par son maître d’école. "C’était le Ramadan, se rappelle l’enseignant, nous étions en classe quand, soudain, des bruits de dispute nous sont parvenus des fenêtres. Dehors, un homme, probablement coupable d’avoir rompu le jeûne en public, était en train de se faire lapider par la foule. La scène était terrible. Tous mes élèves se sont précipités vers les fenêtres, ou sont sortis dans la rue pour voir les choses de plus près. Tous, sauf un : le petit Basri, resté imperturbablement sage dans son coin. J’ai croisé son regard. Il avait parfaitement compris mon désarroi, mais il n’a pas pipé mot, se contentant de me faire passer une sorte de message par son seul regard perçant : non, tu ne peux rien faire, me disait-il des yeux, essayons simplement de rester tranquilles et d’attendre que ça passe". C’est officiellement en 1958 que le jeune Basri, alors en classe de deuxième, est "happé" par la Sûreté nationale, qui recrute à tour de bras. Comme il le dira aux amis qui lui recommandent de terminer ses études, "c’est la police qui est venue me chercher, pas le contraire". Basri est ainsi recruté en tant qu’officier de police adjoint, affecté à la sécurité publique.
Dans les années 60, la vie du jeune policier prend peu à peu une dimension plus importante. Dans le privé, Basri se lie à la famille Slimani (où il prend épouse), elle-même liée à la famille Haddaoui dont le père est directeur de cabinet d’Oufkir à la DGSN. Le père Haddaoui repère Basri et en fait son protégé (Basri renverra l’ascenseur des décennies plus tard en aidant à la nomination de deux des fils Haddaoui, Rafik et Rachid, respectivement à la tête de la CNSS et de la CNCA). Le jeune officier est promu commissaire. Il se distingue au département des renseignements généraux (RG) où il s’occupe entre autres du service politique, devenu son terrain de prédilection. Parallèlement à ses activités professionnelles, Basri prépare sa capacité de droit, moyen très intelligent pour accéder à l’université sans avoir le bac en poche, avant d’aspirer à une licence et plus tard à un doctorat en droit. L’étudiant est à l’image de l’écolier : bosseur et appliqué. À la faculté de droit de Rabat, Basri accède au savoir mais aussi au renseignement. L’université sert en effet de pépinière pour la classe politique, dominée à l’époque par une gauche subversive. Basri infiltre tous les réseaux, en s’appuyant sur d’autres étudiants triés sur le volet et gagnés à la cause du renseignement. Le fruit de ses investigations très poussées fait aussi, au passage, le bonheur du CAB 1 chargé de museler les opposants de la monarchie. En 1963, Basri gagne en notoriété grâce au rôle qu’on lui prête dans le complot avorté de l’UNFP. Cet épisode, qui se solde par onze peines de mort prononcées à l’encontre des leaders de l’UNFP, lance définitivement la carrière de Basri. Le policier s’est fait un nom. Et l’homme, qui passe désormais pour un bon vivant, a pris de la hauteur. Une anecdote : un soir de 1964, Basri est secoué par des agents à la sortie d’un cabaret très à la mode à Kénitra. Il n’a tout simplement pas été reconnu par les maîtres du lieu. Quelques jours plus tard, le gérant du cabaret, un homme pourtant au carnet d’adresses étoffé, "disparaît" de longs mois durant, dans l’un des centres de détention secret (les fameux PF ou points fixes) à la disposition de la police parallèle en cette période…
Fin connaisseur des milieux estudiantins, de la classe politique existante et de la société marocaine en général, Basri excelle dans le renseignement. Tant et si bien qu’il finit par grimper, logiquement, à la tête des RG. Dans le privé, Basri fréquente du beau monde. Il se lie d’amitié avec l’un des frères Benhima, famille très puissante à l’époque puisque deux de ses fils sont ministres. Comme avec les Haddaoui quelques années plus tôt, Basri met à profit sa proximité et tape dans l’œil des Benhima. Résultat : quand, au lendemain du coup d’État de Skhirat en 1971, le Dr Mohamed Benhima est propulsé à la tête du ministère de l’Intérieur en remplacement d'Oufkir "glissé" à la Défense, Basri saute tout naturellement au cabinet de l’Intérieur. C’est la consécration. En quelques mois, Basri, en homme de terrain, fait montre d’une formidable capacité d’organisation. Et il allonge considérablement l’étendue de son pouvoir. C’est lui, en effet, qui dirige alors le ministère de l’Intérieur, tapi dans l’ombre du Dr Benhima. Basri confirme. Pas assez pour prévenir le coup d’État suivant, celui de 1972, mais suffisamment pour récupérer l’année d’après, en 1973, un nouveau-né : la DST, venue combler le vide laissé, six années durant, par la dissolution du CAB 1 dans les suites de l’affaire Ben Barka. L’ancien pensionnaire du collège musulman de "Zettat" devient pratiquement le numéro trois du pays, après le monarque et Ahmed Dlimi. C’est lui qui mène l’appareil répressif du pays avec, dès 1973, un fait d’armes notoire : le dénouement des "événements de Moulay Bouazza", énième traquenard pour les derniers des opposants armés. En 1974, le déclenchement du conflit du Sahara éloigne Dlimi de Rabat. Basri, dans le même temps, devient secrétaire d’État à l’Intérieur après un passage à la D.A.G (Direction des affaires générales), machine à fabriquer les gouverneurs et les agents d’autorité. Déjà puissant, l’homme devient incontournable. Même pour celui qu’il appelle, le plus solennellement, "Sidna (notre seigneur)" : Hassan II. Désormais mêlé à toutes les décisions stratégiques du pays, Basri devient officiellement ministre de l’Intérieur en 1979. C’est lui qui met un terme aux dernières émeutes populaires (celles du pain en 1981), manœuvre pour négocier la paix sociale avec les syndicats, fabrique le concept des collectivités locales, le redécoupage du pays en régions, la mode des walis-gouverneurs, etc. La disparition de Dlimi, en 1983, fait tomber le Sahara "politique" dans son escarcelle. Il négocie avec tout le monde, les édiles locaux comme les voisins algériens ou les multiples émissaires de l’ONU, manquant de devenir une sorte de Premier ministre et de ministre des Affaires étrangères bis. Il gagne aussi, dans la foulée, un portefeuille supplémentaire : celui de l’information, pour finir de contrôler tout ce qui bouge. Il est de tous les gouvernements et, sous son égide, plus de la moitié des partis politiques lui doivent directement leur existence. "J’ai ainsi agi, confie Basri à ses collaborateurs, pour servir le projet de Hassan II : bâtir un État sur des bases propres après avoir balayé le terrain". Comme il le confiera plus tard, non sans humour, beaucoup de projets et de décisions capitales sont prises, en concertation avec Hassan, "entre deux parties de golf, sur le green, dans les vestiaires ou, tout simplement, en marchant".
En homme avisé, Basri a bâti son royaume sur la base d’une DST entièrement sous sa coupe. 23 ans durant, Si Driss a veillé sur le temple du renseignement intérieur, se contentant de nommer des directeurs adjoints recrutés parmi ses fidèles. Ce n’est donc pas un hasard si, peu après la mort de Hassan II et avant même son éviction du ministère de l’Intérieur, Basri se savait fini dès l’été 1999 où, pour la première fois, la DST a eu un nouveau directeur, nommé par dahir…
Source :
http://www.telquel-online.com/117/couverture_117_1.shtml
Extrait 2 :
[...]J'informe donc Mr Jamai Jr. que Mr Basri simple officier de police à l'origine, n'est entré en fac que pour y faire du renseignement. Il a certes passé une capacité en droit, puis, occupé à réprimer les "gauchistes", [...]
Source :
http://crucivore.canalblog.com/archives/1___nation/p10-0.html
--- Edité par capacite le 07-04-2006 à 00:26 ---
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